Fin de la nomination statutaire

La suppression de la nomination statutaire constitue une menace pour l'indépendance de la fonction publique. Nous nous dirigeons tout droit vers un climat où règnent l'arbitraire et le clientélisme. Le fonctionnaire osera-t-il encore agir à l'encontre de la volonté politique s'il risque ainsi de perdre son emploi? Et tous les citoyens seront touchés par cette mesure. 
Contrairement à ce qui avait été inscrit dans l'accord de gouvernement, il a été décidé lors du conclave budgétaire de ne plus nommer de fonctionnaires à titre définitif, sauf dans les fonctions dites d'autorité.  
Tout d'abord, on introduit sans vergogne une mesure d'économie qui vise le personnel: un salaire plus bas, une carrière administrative inexistante et pas de pension du secteur public. 
Et ce n'est pas tout. Cette suppression constitue une menace manifeste quant à la neutralité de la fonction publique. Sans nomination à titre définitif, les agents seront complètement à la merci de l'autorité politique. En d'autres mots: ils seront sujets au chantage. Qui osera agir à l'encontre de la volonté politique s'il risque de perdre son emploi?  
Exagéré dites-vous? Voici quelques exemples:
• Le cabinet conseille à un agent contractuel des contributions de faire preuve de bienveillance à l'égard d'un secteur déterminé, celui de la construction par exemple. Quel sort réservera-t-on à cet agent s'il n'accède pas à cette demande?
• L'Office des Etrangers reçoit l'ordre de limiter, coûte que coûte, l'accès des étrangers à notre territoire. Les dossiers seront-ils encore traités de façon objective?
• L'égalité d'accès à la fonction publique est compromise. Le bureau de sélection va-t-il ou ne va-t-il pas donner suite à la requête d'un ministre de favoriser l'embauche de personnes originaires de son fief électoral?
On se croirait revenu au vingtième siècle quand le citoyen devait se rendre à la permanence d'un politicien local pour quémander une attestation, un emploi à l'Etat, un traitement de faveur pour son dossier. C'était l'époque du clientélisme à foison qui a conduit à de nombreux scandales.
Evidemment, tout cela est remédiable si l'on fixe des dispositions et des règles précises pour que l'administration puisse préserver sa position neutre et indépendante … mais n'est-ce pas pour cette raison que l'on avait jadis créé la nomination statutaire pour les fonctionnaires fédéraux? 

Par conséquent, si le statut du personnel fédéral n'existait pas, il faudrait l'inventer!