Métiers lourds : lettre ouverte au Premier ministre

Déjà en octobre 2017, la commission particulière pour le secteur public du Comité national des Pensions (CNP) avait obtenu un consensus sur un certain nombre d'orientations dans le dossier des métiers lourds. Après ce consensus, qui représentait une avancée certaine, le ministre des Pensions s'était attelé à la rédaction d'un projet de loi. Mais, fin décembre, celui-ci n'avait toujours pas été soumis au Conseil des Ministres. Jusqu'aujourd'hui, le dossier est resté - malgré les spéculations dans la presse qui fait abondamment état d'une "évolution imminente" - en suspens. Pourquoi?
La N-VA
Le ministre des Pensions appartient au MR. Nous ne pouvons pas imaginer qu'il n'y ait pas d'accord sur ce dossier dans la famille libérale au sein du Gouvernement, ni que le CD&V ait un quelconque intérêt à bloquer le dossier. Reste la N-VA alors ?
Déjà en octobre, les représentants de la N-VA avaient fait comprendre que, pour eux, les propositions du ministre Bacquelaine allaient trop loin, sans toutefois donner de précisions. Or, nous avons déjà constaté, à d'autres moments de la concertation sociale, que les membres des Cabinets N-VA opposent à chaque fois un "non" catégorique, sans donner d'explications ni d'arguments. Comme s'ils voulaient éviter à tout prix une discussion sur le contenu des dossiers.
Prenons l'exemple de la discussion sur le "quatrième critère" (la charge émotionnelle ou mentale représente-t-elle un critère à part entière?). Alors qu'il existe des preuves scientifiques démontrant que, dans le secteur de la santé et du bien-être et dans l'enseignement, la charge émotionnelle est proportionnellement plus lourde (respectivement de 35,4% et de 30,1% par rapport au chiffre de référence flamand de 20%), force nous est de constater que les politiciens n'hésitent pas à balayer ces preuves d'un revers de la main.
Mais ne vous méprenez pas: les joutes politiques autour du dossier des métiers lourds vont bien au-delà de cette question particulière.
Même si la N-VA persiste à s'ériger en défenderesse de notre sécurité sociale, il faut savoir qu'en ce qui concerne les thèmes sociaux, la N-VA est tout d'abord le bras politique des organisations patronales qui ne demandent pas mieux que toute évolution dans le dossier des métiers lourds en secteur public soit étouffée dans l'oeuf.
Un consensus s'impose
Le syndicat socialiste des services publics a annoncé une grève générale le 27 février à propos des métiers lourds. Pour nous, cette grève est inutile et prématurée. En effet, il n'y a encore
aucune proposition sur la table, donc qui devrait faire la grève et contre quoi? Par ailleurs, il est illusoire de penser que tous les agents des services publics pourront bénéficier de la reconnaissance de pénibilité. En tant qu'organisation syndicale, nous devons faire passer un message correct et éviter de susciter de faux espoirs.
En outre, pour résoudre la problématique des métiers lourds, un consensus s'impose. Il est nécessaire de négocier pour aboutir à une solution qui répond aux attentes légitimes des gens. En l'absence d'une base suffisante, le dossier sera de toute façon bloqué.
Le temps presse
Dans ce scénario, les agents concernés seront les premières victimes, car les conditions plus sévères régissant la pension anticipée ont déjà été transposées dans des lois et seront d'application à partir du 1er janvier 2019. Or, nous ne savons pas encore quelles corrections seront apportées en faveur des personnes travaillant dans des circonstances contraignantes. C'était pourtant une promesse faite dans l'accord gouvernemental. Le Gouvernement ferait bien de respecter cette promesse, sinon ce dossier continuera à le hanter jusqu'aux élections.
L'enveloppe budgétaire est fixée depuis longtemps. Et les organisations syndicales ont eu la garantie qu'il ne s'agit pas d'une opération d'économies. Dans ce cas, qu'attend-on pour ouvrir les négociations formelles? Car, sur le plan du contenu, plusieurs points restent à clarifier.
Aussi, vous prions-nous, Monsieur le Premier ministre, de lancer enfin les négociations syndicales sur les métiers lourds. Si le nouveau système doit entrer en vigueur le 1er janvier 2019, le délai est très court. La procédure à suivre est longue et les lois et arrêtés nécessaires doivent être publiés au Moniteur d'ici l'été. Sinon, nous vous prions d'annoncer la couleur et d'admettre que le Gouvernement ne veut - ou ne peut - pas respecter ses promesses. Les gens ont le droit de savoir où ils en sont.
Luc Hamelinck
Luc Hamelinck est le président de la CSC Services publics et chef de la délégation dans les négociations globales pour le personnel des services publics. Il siège également au Comité national des Pensions.