TTIP: La mobilisation contre le traité prend de l'ampleur

L’Union européenne restera-t-elle sourde et pourra-t-elle encore ignorer longtemps les mouvements d’opposition qui demandent la suppression ou la suspension des négociations relatives au TTIP  ? L’opposition au traité s’amplifie à tous les niveaux : à tous les niveaux politiques mais aussi dans toutes les organisations sociales ou organisations non gouvernementales.
En politique certains partis en ont fait un cheval de bataille. Il convient de souligner l’opiniâtreté du groupe des verts au Parlement européen (la détermination est peut-être une qualité que les verts de la CSC partagent avec les verts du  politique), au parlement fédéral  et dans les assemblées législatives régionales, le traité fait l’objet de nombreuses interpellations et aujourd’hui se développent dans les communes des initiatives qui visent le traité et amènent les communes à se prononcer « communes sans TTIP ».
Le cri d’alarme des Mutualités belges ne pouvait passer inaperçu.
« Le TTIP, un cheval de Troie pour les soins de santé accessibles à tous », dénonce en chœur les cinq unions nationales de mutualités belges – dont la Mutualité chrétienne, bien sûr –regroupées au sein du Collège intermutualiste national.
Rappelant que la santé prime sur le commerce, les mutualités belges dénoncent des risques non négligeables :
  • -          Une augmentation du prix des médicaments  en retardant l’arrivée des médicaments génériques sur le marché par la prolongation du monopole des nouveaux médicaments
  • -          Les dangers d’un arbitrage international qui pourrait encourager les entreprises pharmaceutiques à se retourner contre les autorités publiques (en réclamant bien sûr une indemnisation) si elles estiment que ces autorités prennent des mesures destinées à garder le prix des médicaments sous contrôle
  • -          La mise sous pression des politiques de prévention. Des campagnes de dénonciation des dangers du tabac, de l’alcool ou d’aliments jugés peu sains pourraient donner lieu à des demandes de compensation venant des producteurs de ces produits
  • -          La publicité autorisée pour des médicaments soumis à prescription et la vente via Internet risque de nous conduire à une surconsommation de médicaments …
Autant de poison dans un projet de traité dont, rappelons-le, les négociations se déroulent dans l’opacité et justifient une virulente opposition des mutualités belges qui comptent bien mobiliser aussi leurs partenaires des autres Etats de l’Union via la plate-forme de concertation internationale des mutualités.
La prise de position des mutualités belges est en tous points concordante avec celle du mouvement syndical.
Dans un récent rapport  de  l’Internationale des Services publics (ISP) – dont la CSC Services publics est membre – le Docteur Odile Frank, expert,  explique que « le commerce des services de santé conduirait à une hausse des coûts des soins de santé dans les pays en développement et entrainerait une baisse de la qualité dans des pays développés en Europe, en Amérique du Nord, en Australie et ailleurs. »
Et la Secrétaire générale de l’ISP, Rosa Pavanelli en ajoute encore une couche :  « La santé est bien sûr un droit humain. Elle n’est pas à vendre et ne peut être commercialisée. La raison d’être des systèmes de santé est de veiller à ce que nos familles soient en bonne santé et en sécurité, pas de permettre à de grandes entreprises de dégager des bénéfices. »
Car c’est bien là que réside le fondement de la démarche défendue notamment par les grandes entreprises américaines du secteur des services : engendrer des bénéfices titanesques via la privatisation des soins de santé publics.
Environ 300 organisations européennes, dont la CSC, ont lancé une initiative citoyenne contre le TTIP qui ouvrira incontestablement la porte au dumping social.
Jean-Paul Devos